La voix des abeilles


15 mai 2017|

Derrière cette cuillère d’un miel produit au Québec que vous savourez, il y a toute une histoire de passion. Prenons celle d’Anicet Desrochers et de sa copine Anne-Virginie Schmidt, deux artisans de la ruche qui s’attaquent à la sauvegarde des abeilles et la mise en valeur du travail qu’elles accomplissent. Voilà Miels d’Anicet, un autre coup de cœur producteur de Louis-François à découvrir.

Anicet, on dit de vous que vous êtes un fou furieux du miel. Comment décririez-vous votre travail?
« Dans notre cas, outre le fait que le miel est intéressant, on a pris partie de notre territoire dans lequel on fait nos choses, les Hautes Laurentides, et on l’a modelé à l’image de ce qu’on met sur le marché. On valorise beaucoup le terroir, l’abeille et tous les côtés organoleptiques associés au produit. Il y a une démocratisation du fait que le miel ne provient pas d’un petit ourson dans une épicerie avec un code barre mais plutôt d’un territoire et d’artisans apiculteurs qui ont décidé de travailler différemment. À l’image de ce que beaucoup de vignerons font présentement avec toute la tendance des vinifications naturelles. »

 

Photo: Xavier Girard Lachaine

Photo: Xavier Girard Lachaine

Est-ce que c’est maintenant plus difficile qu’avant d’être apiculteur? À quoi êtes-vous confrontés?
« L’agriculture a changé depuis 30 ans, en relation avec une forme de modernité que j’endosse plus ou moins. Tout le modèle agricole qui a été mis de l’avant après la Deuxième Guerre Mondiale dans la fameuse agriculture moderne intensive a changé le portrait des régions, des territoires, des terroirs de butinage des abeilles partout dans le monde. C’est maintenant plus compliqué de maintenir les abeilles en vie parce qu’elles sont dans des milieux agricoles qui ont été dénaturés. Des déserts verts, qu’on appelle. L’apiculteur a été obligé de transformer son approche parce que les territoires de butinage qui étaient avant sauvages sont devenus agricoles et intensifs principalement associés au maïs et au soya, qui donnent très peu de nectar. Aussi, il y a eu une intensification des déplacements de marchandises et de matière à travers le globe et ça a amené de nouvelles grippes, de nouveaux virus chez l’humain, chez les animaux et chez les abeilles. Ces nouvelles réalités ont réaffirmé le métier d’apiculteur qui est devenu très compliqué à faire et à maintenir de façon rentable. »

De quelle façon souhaitez-vous changer les choses?
« On conscientise la région aux tendances écoresponsables sur des types de cultures biologique. On essaie d’avoir une vision commune pour se démarquer sur le marché avec des abeilles qui aideraient à augmenter la productivité sur tout le territoire. Un bon exemple est le sarrasin. C’est une signature en Haute-Laurentide en ce moment. Des miels de sarrasin sont produits ici, mais aussi des farines de sarrasin. On décline toutes les possibilités dans un système agricole donné pour que les abeilles soient capables de potentialiser et de dynamiser des choses autour d’elle. L’abeille est un vecteur d’organisation des systèmes. Et ça, c’est fascinant. »

Photo: Xavier Girard Lachaine

Photo: Xavier Girard Lachaine

On vous sent sensible à la cause de l’abeille. Est-ce que c’est difficile de faire changer les mentalités à l’égard de la culture du miel d’ici?
« Pour moi c’est une mission. Du moment où le consommateur est capable de percevoir qu’un miel printanier a une empreinte gustative différente d’un miel naturel qui provient peut-être de la Chine ou de l’Argentine, on vient de faire un grand pas. On stimule une économie qui est locale et régionale, puis on amène une curiosité et un développement du goût chez les consommateurs. Le miel est exceptionnellement riche par toute la diversité floristique. L’abeille va prendre l’empreinte de ce qui est autour d’elle et va le transformer en nectar puis en miel que l’on va décrypter selon des qualificatifs de sommellerie. Pour arriver à mettre cette culture de l’avant, il faut être capable d’en parler et de conscientiser les gens. On valorise la production, le métier, notre région et notre diversité et ce, chaque jour. »

Il est possible d’aller visiter la Miellerie de la ferme des Miels d’Anicet durant la saison estivale afin d’en apprendre davantage sur l’univers apicole.

Envie d’ajouter du miel dans votre assiette? Essayez notre recette de pain d’épices mielleux!

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